C’est Pascal Godart, pianiste de renommée internationale, qui a ouvert la saison de Bourg Arts et Vins en ce vendredi 10 octobre, à la Citadelle. Il nous a offert un concert à son image, tout en sensibilité et en maestria. Son portrait, rédigé pour le programme du concert.

© Gregory Batardon
© Gregory Batardon

Réservé, sensible, Pascal Godart parle de lui comme il esquisse ses sourires, dans une sincérité toute pudique. Alors quand nous lui avons demandé de nous raconter son histoire, celle qui vibre derrière les prix et les salles prestigieuses, il a… souri. Et s’est plié à l’exercice en toute gentillesse, et humilité.

« J’ai commencé le piano à l’âge de 5 ans avec une personne formidable, Renée Entremont, à l’école de musique de Brive. » Le décor est planté, le parcours de Pascal Godart est peuplé de rencontres essentielles, à commencer par celle-ci, fondatrice. « Madame Entremont a choisi de me mettre au piano alors que j’étais très jeune. Et ce contre l’avis même de son mari qui dirigeait l’école ! » Ainsi, pendant dix ans, elle inculquera à l’enfant toutes les bases, « une bonne main gauche, comme elle disait… », sur Brive puis sur Paris. « Monsieur et Madame Entremont ont rejoint la capitale pour leur retraite. Mon père a alors changé de métier et décidé de suivre avec toute la famille pour que je poursuive le piano avec elle… J’avais 9 ans. » Et de rajouter dans un sourire : « Merci à lui, ma vie a pris ce jour là un chemin que je poursuis aujourd’hui avec bonheur… »

« Je travaillais, je progressais,
et j’aimais ça. »

Pascal Godart fait ensuite ses classes au conservatoire de Paris, où il reste une dizaine d’années. « J’ai alors été présenté, par l’intermédiaire de Roger Muraro, à deux professeurs russes, Elena Varvarova et Vadim Sakharov, deux rencontres très importantes dans ma vie. » Le jeune homme commence à passer les concours internationaux, à en gagner quelques-uns, puis à jouer un peu partout dans le monde jusqu’à réaliser la prestigieuse carrière qu’on lui connaît. Le tout dans une sorte d’évidence naturelle. « Étant enfant, j’étudiais le piano comme j’allais à l’école. » Tout en savourant ses résultats. « Je travaillais, je progressais, et j’aimais ça. » Mais ce sera alors qu’il étudie au conservatoire de Paris qu’il commencera à réellement prendre conscience que sa vie sera consacrée à la musique. « J’étais parmi les plus jeunes, ça marchait bien. Et puis surtout, je commençais à gagner des concours, à donner des concerts avec orchestre… J’avais 14 ou 15 ans et cela devenait de plus en plus évident. »

Bien entendu, une foule de souvenirs habitent sa mémoire. « Des lieux de concert… La première fois que j’ai joué avec orchestre… Le premier concert salle Pleyel… Le premier concerto de Brahms à la Scala de Milan… Donner un récital de piano à l’Odéon d’Hérode Atticus à Athènes, à l’Acropole… » Sans oublier l’enseignement : « Je dois dire aussi qu’aujourd’hui, chaque fois que l’un de mes étudiants joue en concert, en concours, c’est pour moi une grande émotion et un bonheur immense. La Haute Ecole de Musique de Lausanne bouillonne de jeunes talents, de belles personnalités artistiques en devenir. » Pascal Godart ne peut oublier non plus certaines rencontres, « comme celles que j’ai pu faire avec quelques ”Grands” de ce métier tels qu’Alexis Weissenberg en 1993-1994, Mstislav Rostropovitch une dizaine d’années plus tard, ou encore Natalia Gutman cette année, rencontres avec des ”Maîtres” de notre art qui m’ont profondément marqué et beaucoup appris. »

C’est un métier qui justement
a cette richesse d’apporter de multiples nouveautés…

Et puis, bien entendu, « il y a la rencontre avec des œuvres, la musique, des compositeurs. » Évidemment nous nous précipitons sur la question : « Une œuvre ou un compositeur fétiche ? » La réponse fuse dans un rire : « Non ! Comme les souvenirs, il y en a beaucoup ! C’est un métier qui justement a cette richesse d’apporter de multiples nouveautés, dans une sorte de perpétuel renouvellement. » Ainsi, ce soir Pascal interprétera la chaconne de Bach pour main gauche seule, une pièce qu’il a jouée pour la première fois cette année. « C’est un des meilleurs souvenirs récents de nouveauté et de découverte. » Ce qui ne l’empêche pas pour autant de retrouver un plaisir intense dans des œuvres qu’il pratique depuis longtemps. « Ça fait vingt ans que je joue la sonate de Liszt, je suis de nouveau en plein travail dessus et c’est un vrai bonheur… »

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